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Viser haut

Pour beaucoup de monde, l’industrie spatiale n’est qu’un autre trou noir financier sans but ni cause. Pourquoi diable aller sur la Lune?! Ce n’est pas comme s’il n’y avait pas de place sur Terre, direz-vous? Comme souvent, ces gens oublient de regarder la situation d’un point de vue global. Ils oublient que l’industrie spatiale ne se limite pas qu’à l’exploration (qui est un objective valable en soit selon moi). L’industrie spatiale, c’est un catalyseur de développement technologique et politique qui n’a d’égal que la guerre. C’est une panoplie de technologies qui sont maintenant dans notre vie de tous les jours et dont on ne pourrait se passer; l’exemple classique du velcro me passe par la tête. L’industrie spatiale, c’est des réseaux de télécommunication, de télévision, Internet et de téléphone. C’est l’étude de la Terre, de l’environnement, des phénomènes météorologiques. C’est une navigation sécuritaire pour les avions, bateaux et randonneurs dans les bois. C’est bien plus que vous pouvez même vous imaginer.

Pourtant, relativement peu de pays sont actifs dans le domaine aérospatial. Le coût est une raison importante, mais la demande en technologie de pointe, en main-d'oeuvre qualifiée et en savoir-faire est probablement une raison encore plus importante pour expliquer cette limitation. À cela, j’ajouterais le manque d’intérêt politique...

Le Canada possède sa propre agence spatiale, l’Agence Spatiale Canadienne [space.gc.ca]. L’ASP fait partie de la douzaine d’agences dans le monde qui opère des satellites (sans les lancer). Elle forme aussi des astronautes pour participer à des missions de la NASA, l’équivalent américain de notre agence.

Peut-être serait-il temps à l’ASP de viser plus haut et de rejoindre le groupe sélect de nations ayant la capacité de lancement et même la capacité d’effectuer des missions habitées.

Seuls quelques pays ont la technolgie développée pour le lancement de missions habitées. Outre nos voisins du sud, les Chinois et les Russes sont les seules administrations publiques à avoir cette capacité. En plus de ces trois pays, une vingtaine de pays ont la capacité de lancement, c’est-à-dire d’envoyer des véhicules non habités en orbite. La majorité de ces pays n’ont toutefois cette capacité que de façon indirecte par leur participation au programme de l’Agence Spatiale Européenne (ASE). Le nombre de pays ayant des capacités de lancement orbitales augmente d’année en année.

Le modèle de l’ASE est idéal. De regrouper plusieurs nations ensemble pour faire avancer le développement spatial, est la chose à faire. Puisque l’obstacle le plus important au développement de cette industrie est le savoir-faire et le savoir, pourquoi égrainer cette connaissance dans plusieurs agences limitées plutôt que de tout mettre ensemble? Il serait idéal pour le Canada de s’allier à un programme aérospatial international au même niveau que les nations européennes dans l’ASE. Par contre, il ne faut pas compter sur la NASA pour démontrer ce genre d’ouverture.

Alors, pourquoi ne pas, sans jeu de mots platte, lancer un programme canadien plus avancé? Malgré sa rareté, le Canada ne semble en relativement bonne position pour ce qui d’avoir une main-d’oeuvre d’expérience dans le domaine aérospatial.

Plusieurs organismes ayant des programmes de lanceurs en fonction ou en cours de développements, notamment la NASA, l’ASE et l’Agence Spatiale Russe, ont des programmes qui reposent entièrement sur des concepts vieux de plusieurs générations maintenant. Le coût des programmes existant et déjà mis en place ainsi que la pression politique associée à ces coûts gèle complètement le développement innovateur de nouveaux programmes de lanceur. Et lorsque de nouveaux programmes sont annoncés, pour limiter les coûts, au lieu de baser ces nouveaux lanceurs sur l’avancement technologique et scientifique, ils sont basés sur des technologies vieilles de 50 ans. Voilà le point où l’objectif de développement technologique par l’entremise d’un programme spatial a complètement été mis de côte au profit du simple développement politique (politique interne, devrais-je ajouter). Dans ce contexte, je dois donner un peu raison à ceux qui voient ces programmes comme des gouffres financiers à objectifs douteux.

La NASA a, depuis quelques années, pratiquement complètement éliminé tous ses programmes de recherche et développement technologique. Ces technologies auraient pu servir au développement d’un tout nouveau programme de lanceur, innovateur et faisant avancer l’industrie spatiale à l’ère du 21e siècle après le retrait des Navettes spatiales. Ce n’est pas ce qui se passe. Au lieu d’innover, on se replie sur « ce que l'on connait bien ». Cette approche devrait être celle des entreprises privées qui commencent à se développer en se basant sur les technologies développées par les agences publiques. En effet, plusieurs compagnies privées ont des projets en phase de développement et de tests. Pour eux, il est normal d’avoir des objectifs de fonctionnalités et de rentabilité. Les agences telles que la NASA devraient être en avant de ces objectifs afin de favoriser l’industrie des générations futures. Pas se baser sur les veilles idées des générations passées.

Le Canada, quant à lui, n’a pas (encore) les pieds coulés dans la mélasse politique des programmes spatiaux. Sans lanceur et sans programme, la table est vierge et sur la table il n’y a qu’un paquet de cartes; de cartes blanches. Avec le savoir-faire actuel de l’industrie et des universités canadiennes et avec le niveau d’innovation que le Canada a démontré dans le domaine aérospatial dans le passé, le Canada pourrait rapidement devenir un joueur majeur dans le développement spatial. Disons-le, le Canada a souvent fait les choses différemment. Peut-être est-il temps de tourner la page du livre de l’industrie aérospatiale dans le monde et d’en commencer une nouvelle.

Et tant qu’à mettre de l’argent dans l’industrie militaire pour faire avancer le développement technologique, faire rayonner l’industrie canadienne et donner des contrats à des amis, pourquoi ne pas faire la même chose avec l’industrie aérospatiale plutôt; une cause quelque peu plus noble...