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Nu·cu·lar ‘nergy : The MP Strikes Back

Suite de Nu·cu·lar ‘nergy


Le Canada a toujours été un pionnier en matière de développement de l’énergie nucléaire. Dans le décor depuis le tout début de l’exploration du potentiel nucléaire, des organismes canadiens ont contribué à faire de notre pays un chef de file en matière d’extractions et transformation des matières premières pour la production d’énergie nucléaire, en matière de développement en construction de réacteurs nucléaires moderne et en matière de développement d’applications alternatives des réacteurs.

Les installations de Chalk River, au nord d’Ottawa, ont longtemps été au coeur du développement de l’énergie atomique sur la planète. Le réacteur NRX, inauguré à la fin des années 40, a longtemps été le réacteur nucléaire le plus puissant de la planète avec un potentiel de production de plus de 40 MW dans les années 50. Ce réacteur de recherche a lancé la production de radioisotopes pour la recherche scientifique et médicale. En 1957, le NRU est rentré en production. Le NRU est un réacteur de recherche qui produit la grande majorité des isotopes nucléaires destinés à des fins scientifiques et médicales dans le monde. Des dizaines de millions de patients dépendent annuellement de ces isotopes pour leurs diagnostics et traitements dans quelque 80 pays. La médecine nucléaire mondiale dépend grandement du NRU de Chalk River.

Au mois de novembre 2007, le NRU de Chalk River a été arrêté pour une inspection de routine. Suite à cet arrêt, la Commission canadienne de sûreté nucléaire a ordonné l’arrêt complet des installations jusqu’à ce qu’une mise aux normes majeure des systèmes de sécurité soit faite. Dans les faits, selon la Commission, les chances d’accident entraînant une perte de contrôle du réacteur étaient 1000 fois plus importantes que ce que permettent habituellement les normes internationales en matière de sécurité nucléaire.

Les deux réacteurs de remplacement du NRU, les MAPLE-1 et MAPLE-2 aussi situés sur le site de Chalk River, ne sont toujours pas en opération. Une mauvaise qualité de fabrication d’un des systèmes de sécurité essentielle au fonctionnement des réacteurs fait que, dans certaines circonstances, ces systèmes pourraient ne pas fonctionner adéquatement. De ce fait, la mise en production de ces réacteurs n’a pas encore — et ne sera peut-être jamais — approuvée.

C’est ainsi que du jour au lendemain, la majorité de la production d’isotopes médicale a été arrêtée de force pour une période d’une durée indéterminée.

Un peu moins d’un mois après l’arrêt du réacteur, le monde de la médecine nucléaire n’en pouvait plus de retenir son souffle. Des centaines de rendez-vous pour traitement et pour imagerie nucléaire ont été annulées. Le fait que plus des deux tiers de la production de certains isotopes à courte vie repose entièrement sur le bon fonctionnement du NRU, une installation en fonction depuis 1957 faut-il le rappeler, n’a pas tardé à montrer son ridicule. La panique ainsi lancée dans un monde médical qui repose de plus en plus sur les techniques d’imagerie et de traitement nucléaire, les politiciens n’ont pas tardé à s’en mêler.

Le 11 décembre 2007 (quel beau cadeau pour ma fête — j’aime les surprises, mais pas les surprises comme celle-là), la chambre des communes à Ottawa a voté une loi extraordinaire ordonnant la remise en route du NRU, et ce, contre l’avis explicite de la Commission canadienne de sûreté nucléaire. Après avoir été entériné par le sénat canadien le 12 décembre, le NRU fut remis en route le 16. La loi C-38 ordonnait la remise en route du réacteur avec seulement une mise à niveau partielle des systèmes de sécurité pour une période d’au plus 120 jours.

Depuis, bien en dedans du délai de 120 jours prescrit par la loi C-38, les modifications aux systèmes de sécurité ont été achevées. Mais quelles conclusions pouvons-nous tirer de ces évènements? Que devons-nous comprendre de tout cela? Ce que je vois ici, ce sont les autorités politiques — aucunement des experts en matière de sécurité nucléaire — qui ont utilisées leur pouvoir législatif pour outrepasser une décision de la commission fédérale responsable de la sécurité des installations nucléaires du pays.

J’ai une grande confiance dans les méthodes d’exploitation moderne de l’énergie nucléaire. Mais lorsque les politiciens utilisent leur pouvoir pour outrepasser les normes de sécurité de cette exploitation, je suis inquiet. Très inquiet. Est-ce que l’approvisionnement en radioisotope est une raison suffisante pour opérer un réacteur nucléaire loin en dessous des marges de sécurité acceptables, avec des risques d’accident majeurs 1000 fois supérieurs à la normale? Je ne crois pas. Après tout, les accidents nucléaires, ça n’arrive pas qu’aux autres!

En 1952, le vieux frère du NRU, le NRX, a été victime d’un « meltdown » partiel suite à une erreur de manipulation (tien, voilà encore notre facteur humain) du personnel de contrôle. Dans cet incident étrangement similaire à celui de Three Miles Island en 1979, incident ayant lancé un moratoire sur la construction de nouveau réacteur aux États-Unis, les fuites ont pu fort heureusement être contenues et le coeur du NRX a dû être remplacé. Cet accident, le premier du genre, a contribué énormément à l’élaboration des normes de sécurité rehaussée des installations nucléaires. Il nous a aussi rappelé que nous ne sommes pas à l’abri de ce type danger.

Le rôle de la Commission canadienne de sûreté nucléaire, une commission indépendante, est de s’assurer que de tels évènements ne puissent se reproduire. Le jour où le gouvernement a légiféré pour outrepasser les décisions en matière de sécurité de la Commission est le jour où cette commission est morte. C’est le jour où la sécurité de toutes les installations nucléaires au pays est passée de « irréprochable » à « questionnable ».

Dans un contexte où la majorité des réacteurs d’Amérique du Nord arrivent à la fin de leur cycle de vie et où une très grande fraction de la production de l’énergie provient du nucléaire, je crois que l’on devrait s’inquiéter de ces récents événements. Si la pression était forte pour maintenir la production de radioisotopes, attendez de voir la pression pour maintenir la production d’électricité. On ne remplace pas quelques centaines de gigawatts de production électrique comme ça du jour au lendemain.

Je me permets de faire une parenthèse pour parler des alternatives. La majorité de la production électrique aux États-Unis provient de la combustion du charbon. L’énergie nucléaire représente environ 20 % de la production avec une puissance installée d’environ 100 gigawatts et une production, en 2006, de l’ordre de 800 milliards de kilowatts-heures (la production électrique totale aux États-Unis est de l’ordre de 4 trillions de kilowatts-heures). En utilisant le charbon comme alternative, ceci représenterait 768 millions de tonnes de dioxyde de carbone de plus dans le bilan d’émission de ce pays déjà très médiocre.

On ne peut pas jouer à la loterie avec la sécurité des installations nucléaire. Nous n’avons pas encore la capacité technologique de prendre des risques quels qu’ils soient avec l’énergie nucléaire. Je considère la décision d’outrepasser les normes de sécurité comme étant le risque le plus élevé dans l’exploitation de l’énergie atomique. Les facteurs humains ont été à la base de la catastrophe de Tchernobyl tout comme pour l’incident de Three Miles Island et, jusqu’à un certain point, du NRX en 1952. De mauvaises décisions en matière de sécurité nucléaire et des décisions d’ignorer des mesures et des protocoles de sécurité ont coûté la vie à bien du monde. Lorsque le NRU a été remis en route, le monde a applaudi l’initiative de la chambre des communes dans ce dossier alors que de pleurer en position foetale sous notre bureau aurait été plus approprié.

Et la folie de cette histoire ne s’est pas arrêtée là! Il va de soit que Linda Keen, alors présidente de la Commission canadienne de sûreté nucléaire lors de ces débats n’a pas laisser passer cette décision outrageuse sans mot dire. Selon la commission qu’elle représente, la sécurité des Canadiens et Canadiennes était en danger tant que le NRU restait opérationnel dans la condition qu’il présentait au mois de novembre 2007. Les autorités responsables de l’opération du réacteur n’ayant pas suivi les recommandations préalables de la Commission, celle-ci n’a eu d’autre choix que de retirer temporairement la licence d’exploitation. La Commission a fait ce pour quoi elle a été créée : assurer la sécurité de manière indépendante. Contrairement aux opérateurs de Chalk River Laboratories, la CCSN ne subit pas la pression de la communauté internationale et peut juger sans biais de l’état de sécurité des installations.

Pour cette raison, la CCSN s’est fortement opposée à la loi C-38. Heureusement, l’Administration Harper a toujours un as dans sa manche pour les jeux où il semble convenant de tricher. Linda Keen a été retirée de ses fonctions par le bureau du premier ministre sous prétexte qu’elle a manqué à son devoir de « veiller à la sécurité des Canadiens et des Canadiennes » en n’assurant pas la production d’isotopes médicaux. Je crois que ceci est une autre belle illustration du modus operandi du gouvernement actuellement en place au Canada. Je ne cacherai pas mon inquiétude.

Au Canada, l’énergie nucléaire est principalement sous la direction de compagnies d’état tel que AECL (Atomic Energy Canada Limited), mais beaucoup d’installations ici et ailleurs sont sous la responsabilité de compagnies privées. Ces compagnies sont toutes sujettes à la pression du rendement financier et au risque de vouloir couper les coins ronds. Je crois qu’il serait plus que jamais important que les organismes responsables de surveiller ces compagnies ne soient pas court-circuités, ce peu importe la raison.

L’Administration Harper est d’avis que la CCSN et l’AECL ont pris une mauvaise décision en arrêtant le NRU. Et ils ont raison de dire qu’en continuant d’opérer le NRU, il n’y aurait probablement pas eu d’incident. Mais est-ce là un risque que nous sommes vraiment prêts à courir?

La légitimité de la chambre de communes et de l’Administration Harper n’est pas à remettre en question dans ce dossier. Ils étaient clairement dans leur droit. Deplus, le rôle de la CCSN n’est pas de peser les pour et contre de l’arrêt d’une installation, mais bien de s’assurer que l’installation reste sécuritaire. C’est bien plutôt le rôle du gouvernement de trancher dans les cas où tout n’est pas noir ou blanc. Mais était-ce souhaitable dans ce cas précis? Je crois que de briser l’indépendance entre le gouvernement et la commission est un précédent dangereux. Outre les l’augmentation des risques d’exploitation, cette ingérence permet de mettre en doute la sécurité des installations nucléaires. Bien que je ne crois pas que d’autres décisions de la CCSN ont été outrepassées, le doute reste toujours présent.

Une autre leçon de tout ça est que les installations nucléaires sont vieillissantes. Les pressions politiques et sociales depuis Three Miles Island, accentué par les traités de non-prolifération nucléaire et la catastrophe de Tchernobyl, ont fait que le développement de nouvelles installations nucléaire a stagné. Heureusement, l’avenir semble moins sombre pour cette énergie formidable. De nouveaux projets de réacteurs ont débuté en 2007 aux États-Unis. Au Canada, la recherche pour le développement de nouveaux réacteurs de type CANDU n’a jamais arrêté. L’installation de nouveaux réacteurs à l’étranger a permis de maintenir une expertise active au pays. Depuis peu, les discussions pour construire de nouveaux réacteurs de dernière génération au Canada sont relancées. Peut-être que dans un avenir proche, les réacteurs MAPLE-1 et MAPLE-2 pourront être mis en route pour remplacer le vieillissant NRU. Sinon un nouveau réacteur, mieux construit, devra être mise en place à moyen terme. Mais, suite à l’arrêt récent du NRU, il est clair que pour assurer la production mondiale d’isotopes à des fins médicales quelque chose devra être fait.

Espérons seulement que tout ce qui sera fait à l’avenir le sera sans ingérence de nos clowns élus. Les facteurs de risques humains sont déjà suffisamment élevés sans leur aide.