Les aventures de Tintin au pays de la technologie superfétatoire
La dernière aventure de Tintin l'a mené droit chez nous - non, je ne vous parle pas d'un remake de Tintin en Amérique - au musée de la Civilisation, à Québec. L'exposition Au Pérou avec Tintin nous plonge dans l'histoire et dans l'univers des Sept Boules de Cristal et du Temple du Soleil L'exposition présente à la fois l'aventure de Tintin au Pérou, le travail de Hergé lors de la rédaction de ces oeuvres ainsi que l'histoire des peuples du Pérou. Bref, une exposition concept qui, a priori, semblait intrigante et intéressante.
Avec un concept accrocheur comme celui-ci, c'est à se demander comment une telle exposition peut mal tourner. L'élément clef est, comme bien trop souvent de nos jours, une mauvaise utilisation de la technologie. Et là, je vous le dis, j'espère bien que ce message va se rendre au conservatoire du musée: La technologie, aussi merveilleuse semble-t-elle, n'est pas toujours approprié ni la bienvenue.
Par technologie, ici, je vise directement le merveilleux système « d' audioguide » qui nous suit tout au long de la visite. Le concept est simple: on vous remet un écouteur avec un clavier numérique et à tous les points d'intérêt de l'exposition, vous entrez le numéro affiché et l'écouteur se met à vous blablatérer sur le sujet du moment.
Je vois déjà les plus paresseux d'entre-vous sourire en pensant « Enfin! Une exposition avec rien à lire ». Mais si seulement vous saviez à quel point c'est désagréable... D'abord, il est relativement difficile d'écouter entre les lignes. Ainsi, si le sujet vous intéresse plus ou moins, vous devez vous taper l'écoute entière de la bande dans l'espoir qu'un passage vous intéresse. Ensuite, il n'y a aucun moyen de faire une avance rapide ni de reculer en partie pour réécouter un extrait. Vous avez manqué un détail à cause d'une distraction - et Dieu sait qu'il n'y a aucune distraction dans une exposition d'un musée, avec des enfants qui courent à gauche et à droite, les jolies filles, les vieux qui poussent et tout le tralala - ben c'est bien fait pour vous... Ça vous apprendra à ne pas porter attention quand le monsieur vous parle... Maintenant réécoutez le tout (ou laissez faire tout simplement).
Et que dire de la judicieuse disposition des points d'écoute. Souvent sans rapport avec les objets entourant le point, peu de repères visuels sont disponible pour le visiteur. Et avec cinq points dans une grande salle et dix dans une petite, je ne vous cacherai pas que c'était plutôt encombré dans la petite salle.
Et pourtant, tout ce texte si bien vocalisé aurait bien pu être affiché comme on le fait dans la majorité des expositions de ce monde. La solution d'avoir un texte moins soutenu dans l'exposition agrémentée de visites guidées faites par des bénévoles, des personnes humaines capable d'adapter leur discours à l'audience cible - ce que la machine à piton a de la misère à faire - serait probablement beaucoup plus intéressante pour les visiteurs.
J'entends déjà les activistes monter sur leur grand chevaux et s'écrier du haut de leurs sabots: « Mais ça prends des bénévoles pour faire des visites guidées! ». C'est en fait une excellente observation, observation à laquelle je répondrais que les deux ou trois mesdames qui ont la responsabilité de distribuer les audioguides (et d'expliquer le principes 4 ou 5 fois aux mesdames ou aux messieurs qui en comprennent pas) pourraient bien s'en charger plutôt.
Mais, au delà de tout ça, cette technologie superfétatoire de l'audioguide, guide qui, il faut le dire, brise totalement le rythme de la visite, est une atteinte directe à l'aspect social de la visite du musée. Quoi de plus agréable que de visiter une exposition en de bonne compagnie et discuter des observations, des impressions et de toutes ces choses plus ou moins merveilleuses que l'on découvre. Et pourtant, tout au long de l'exposition Au Pérou avec Tintin, c'est le même traintrain qui recommence encore et encore... à tous les dix pas on se retrouve a pitonner un chiffre pour écouter quelques instants de blablatérage dont, en grande majorité, on aura oublié après 5 minutes. Si vous vous voyez comment soutenir activement l'aspect social et d'échange de l'expérience vécu lors de la visite dans ces conditions, je vous demanderais de m'en faire part... Cela m'échappe un peu.
En bout de ligne, l'exposition elle-même n'est pas désintéressant malgré qu'elle est fortement basé sur le peu de connaissance qu'il nous reste des peuples du Pérou, c'est-à-dire divers objets tirés de nombreuse fouilles archéologiques. En effet, peu est encore connu sur le monde de vie et l'histoire des premières civilisations du Pérou. Il en résulte une exposition plus près d'une exposition d'art ancien que d'une exposition sur les civilisations du Pérou. J'ose présumer que les civilisations précolombiennes ont une étendue plus grande que leurs vases et urnes.
Mais soulignons quand même les bons coups. La majorité des pièces de l'exposition sont magnifique. Pour une personne qui s'intéresse, par exemple, à l'histoire de la poterie et de la métallurgie à travers les règnes au Pérou et en Amérique du Sud, l'exposition sera un régal. Les quelques, malheureusement trop rare, croquis et esquisses de Hergé sont aussi d'un intérêt particulier... un intérêt plus grand, selon moi, que beaucoup d'autres pièces sur Tintin provenant de Belgique pour l'occasion de cette exposition.
Bref, une exposition d'un intérêt mitigé frappé d'une inconsistance rythmique majeure, voir d'une manque total de rythme. Ternie par la déchirure antisociale de l'audioguide, Au Pérou avec Tintin est une exposition à voir en solitaire, ce que vous ferez d'une façon ou d'une autre grâce et cet usage superflue de, Oh wow!, la technologie. Ça me semble d'un beau cas de « Ben, on l'a acheté, il faudrait bien l'utiliser ».
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Le prochain épisode de la série « Technologie superfétatoire » s'intitulera « De l'art de faire une présentation sans Power Point ». On se rappellera ensemble que, vous serez surpris de l'entendre, Power Point n'a pas toujours existé et que, malgré tout, les gens faisait quand même des présentations avant son existence.
Comments
Votre emploi du terme "superfétatoire" fait grand honneur à la langue française.
Cordialement,
Paul Robert
Éditeur - Le Petit Robert
Posted by: Nic | November 9, 2006 11:21 AM